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20/02/2012 Siège du Parlement : la bataille continue entre les pro et les anti-Strasbourg

On le sait depuis longtemps le double siège du Parlement européen, Bruxelles pour les travaux en commission et les réunions des groupes politiques et Strasbourg pour les sessions plénières, est dans le collimateur de certains députés européens. La bagarre des rapports fait rage entre les défenseurs de la capitale alsacienne et ses détracteurs. Mais au-delà des chiffres l'enjeu ne serait-il pas politique ?

Double siège du Parlement : une simple question de chiffres ?

Il y a tout juste un an paraissait une étude de l'Université de Zurich, commandée par l'eurodéputé britannique Edward McMillan-Scott (ADLE), dont les conclusions révélaient les coûts exorbitants de la transhumance mensuelle des eurodéputés et fonctionnaires du Parlement européen de Bruxelles vers Strasbourg.

Un Parlement, trois lieux de travail

Le Parlement européen siège à Strasbourg mais compte plusieurs lieux de travail : Strasbourg, Bruxelles et Luxembourg. Les douze sessions plénières de l'année -une par mois sauf en aout (aucune) et en septembre (deux) – ont lieu à Strasbourg. A Bruxelles se tiennent  les commissions parlementaires – la proximité du conseil mais aussi  les six sessions plénières additionnelles par an. Enfin, la ville de Luxembourg a été dotée du Secrétariat général (administration et services de traduction et d'interprétation).

Ce rapport, intitulé "A Tale of two Cities" relève en effet que l'existence du double siège engendrerait un coût annuel de 169 à 203 millions d'euros, et une empreinte carbone de 18 884 tonnes de CO2, par an également. De plus, il affirme que 91% des députés préfèreraient Bruxelles à Strasbourg si un seul site devait être retenu, les Français n'étant eux-mêmes que 28% à choisir Strasbourg. Des résultats qui devaient cependant déjà être remis dans le contexte, l'enquête n'ayant été réalisée qu'auprès de 417 membres du Parlement, dont seulement 61 eurodéputés.

Du côté des pro-Strasbourg, les chiffres sont bien différents. En effet, en réponse à la publication de ce rapport, l'Association européenne des Jeunes Entrepreneurs, basée dans la capitale alsacienne, a décidé de faire sa propre enquête. Dans son étude présentée au Parlement européen le 14 février dernier, sous le parrainage de Nathalie Griesbeck (France, ADLE), et en présence de nombreux autres parlementaires, l'AEJE met en parallèle les chiffres de 2011 avec ceux qu'elle a elle-même récoltés auprès du Secrétariat général du Parlement européen.

Selon ce dernier, le coût annuel du siège strasbourgeois s'élèverait à 51,5 millions d'euros par an, soit 10 cents par citoyen européen en 2010. De même, l'empreinte carbone générée ne serait 'que' de 4 199 tonnes de CO2 par an. Un travail salué par Nathalie Griesbeck qui s'est réjouie d'avoir "enfin une étude claire précise et détaillée qui vient tordre le cou à toutes les idées reçues véhiculées par les opposants à Strasbourg".

En ce qui concerne les coûts réels de la multi-localisation du Parlement européen, Véronique Mathieu (France, PPE) a de son côté précisé que les députés touchaient leur 'per-diem' de la même façon qu'ils soient à Bruxelles ou à Strasbourg. Ils l'économisent juste certainement moins pendant la semaine en France. Cependant, ils ne sont pas officiellement localisés en Belgique puisqu'ils sont supposés rentrer régulièrement dans la circonscription. Mais quid des fonctionnaires et assistants, nombreux, qui eux ont souvent leur domicile à Bruxelles ? La question est moins évidente.

Favorable au maintien du siège à Strasbourg, le Luxembourgeois Frank Engel (PPE) souligne de son côté qu'il n'est pas anodin "de noter que parmi ceux qui sont contre Strasbourg, nombreux sont les eurodéputés qui font régulièrement la navette entre Bruxelles et leur capitale nationale pour raisons personnelles". 

Le rapport de l'AEJE ne se contente pour autant pas d'opposer chiffre à chiffre mais propose également 22 recommandations pour diminuer les coûts, améliorer l'accès à la ville (pourquoi n'y a-t-il pas de compagnies low cost à l'aéroport de Strasbourg ?), etc. Des recommandations qui s'adressent directement à la Ville de Strasbourg, à la Région, mais aussi à l'Etat français s'il souhaite défendre sa capitale européenne.

Un enjeu avant tout politique

Moins de sessions ...

pour le même nombre de jours passés à Strasbourg. C'est ce qu'ont décidé 58% des députés en mars 2011, en votant pour la suppression de deux sessions par an.

Mais comme l'a rappelé l'eurodéputée française Sandrine Bélier (Verts/ALE) "ce n'est pas qu'une bagarre de chiffres, qu'une question technique. C'est avant tout politique". C'est donc sur la légitimité politique, voire symbolique, du siège strasbourgeois que ses défenseurs doivent être convaincants. 

Ainsi, selon la députée bulgare Marya Nedelcheva (PPE), présente lors de la présentation du rapport "le siège de Strasbourg est le symbole de la continuité en Europe, primordiale pour les citoyens en période de crise". Frank Engel, de son côté considère que "Strasbourg n'a pas à s'excuser d'être une capitale européenne".

Les eurodéputés ont rappelé que la suppression d'un siège implique dans tous les cas une révision du traité, et donc l'accord de l'ensemble des 27 Etats membres. Or, il parait peu probable que les Etats souhaitent ouvrir le délicat dossier des sièges des institutions. Pour Frank Engel, cela reviendrait à remettre aussi en cause Bruxelles, "tout sauf une capitale européenne", pour lui.

Nathalie Griesbeck a rappelé le soutien du nouveau Président du Parlement, Martin Schulz, au siège alsacien, exprimé lors de son premier discours hors les murs au Musée d'art contemporain de Strasbourg. Tous ont souhaité également que ce rapport de l'AEJE ne soit qu'une première pierre à l'édifice, et qu'il soit suivi d'effets. Certains ont également demandé que les citoyens soient plus impliqués dans le débat.

Edward McMillan-Scott (ADLE)

Source : http://www.euractiv.fr/parlement-strasbourg-siege-ejectable-article
Copyright © EurActiv.fr

28/02/12, fred :
Honnêtement, je trouve que les relations de travail sont beaucoup moins anonymes à Strasbourg.

Le fait se se déplacer sur un site "clos" permet à une multitude d'acteurs de se retrouver sur un seul espace de travail.
Pour trouver les interlocuteurs, c'est top
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03/03/12, Claude :
Comme le dit si bien Mr Engel, Bruxelles est tout sauf une capitale européenne
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