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20/03/2013 Yannick Jadot : "L'Europe a l'occasion de se doter d'un nouvel imaginaire énergétique"

Dans le cadre de la dernière session plénière du Parlement, l'eurodéputée libérale Niki Tzavela a présenté son rapport évaluant la "feuille de route pour l'énergie à l'horizon 2050", publiée par la Commission européenne en 2011. Longuement débattu, ce texte, traitant notamment d'une "Communauté européenne de l'énergie", du gaz de schiste et des énergies renouvelables, a finalement été adopté par une majorité des députés jeudi 14 mars. Yannick Jadot, membre de la commission Industrie, Recherche et Energie en charge du dossier pour Europe-Ecologie Les Verts, a répondu aux nombreuses questions de Touteleurope.

Niki Tzavela évoque la création d'une "Communauté européenne de l'énergie". En quoi consisterait cette Communauté ?

Selon moi, au moment où les égoïsmes nationaux priment sur l'intérêt général européen, notre responsabilité est de redonner une perspective au projet européen et de mettre en place des réponses efficaces à la crise économique, sociale, écologique et politique qui nous frappe. 60 ans après la création de la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier, la solution doit à nouveau venir de l'énergie. Une communauté européenne de l'énergie fondée sur les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique serait le levier d'une nouvelle révolution industrielle tout en apportant des réponses concrètes aux besoins d'emplois et de pouvoir d'achat des citoyens européens.

La France et l’Allemagne pourraient initier, avec les pays européens qui le souhaitent, des partenariats sur l’éolien offshore et installer une ou deux unités de production de cellules photovoltaïques d’environ 3000 mégawatts par an capables de concurrencer la Chine sur ce marché. De la même manière, les deux pays pourraient lancer un « EADS » du tramway. Le tramway va devenir le transport collectif et doux privilégié des villes dans le monde entier. L’Europe, avec Alstom et Siemens, pourrait prendre le leadership mondial de ce marché. De même, ces pays pourraient soutenir la production massive de bus à très faibles émissions et le développement de voitures très sobres en carburants.

Les objectifs inscrits dans ce rapport vous semblent-ils réalisables ?

Le rapport de Mme Tzavela explore différentes voies possibles sans fixer d'objectifs contraignants à atteindre pour 2030 et sans prendre en considération le scénario d'une économie totalement décarbonée combinant des exigences fortes en matière d'efficacité énergétique et d'intégration des renouvelables en 2050.

Il n'y a pas d'orientation claire dans cette feuille de route. C'est un amalgame curieux qui défend la place du nucléaire, soutient les investissements pour l'exploitation pétro-gazières au large des côtes, n'exclut pas les bénéfices des gaz de schiste et du charbon.

L’absence de vision est une catastrophe alors que le dérèglement climatique s’accélère, que la facture énergétique explose, que les risques et le coût exorbitant du nucléaire sont de mieux en mieux connus, que des centaines de milliards d’euros doivent être investis dans les prochaines années pour remplacer nos infrastructures énergétiques vieillissantes, que les choix d’aujourd’hui conditionnent notre modèle énergétique pour les 50 ans qui viennent. L’absence de vision n’est pas seulement irresponsable du point de vue politique, elle laisse les investisseurs dans l’incertitude et potentiellement dans l’inaction.

Quel devrait être le rôle politique et financier de l'UE dans ce champ particulier qu'est l'énergie ?

L'urgence climatique, la facture d’importation de produits pétroliers, la crise industrielle exigent une réponse commune et forte qui passe par la transition énergétique et industrielle. Le rôle politique de l’UE c’est de définir la vision et les outils pour y arriver. Les moyens financiers mobilisables vont des projets financés par la Banque européenne d’investissement, des fonds structurels qui devraient financer à hauteur de 22% l’efficacité énergétique et les renouvelables, les revenus des enchères du marché carbone si le laxisme actuel était corrigé, les fonds de la recherche Horizon 2020… Il faut bâtir des programmes d'investissements communs qui récompensent les efforts de R&D des entreprises qui prennent ces risques, il faut adopter des nouveaux standards pour l'éco-design et définir une démarche commune d'exemplarité sur les marchés publics.

Quelle position doit selon vous adopter l'UE vis-à-vis d'éventuels forages pétroliers et gaziers en Arctique ?

L'UE devrait prendre position pour l'interdiction des forages. L'échouage d'une plate-forme de forage de la compagnie Shell, début janvier en Alaska démontre qu'il est actuellement impossible de maîtriser les risques liés à l'exploitation pétrolière dans des conditions climatiques si extrêmes. Une marée noire aurait des conséquences absolument dramatiques sur un écosystème déjà fragilisé par le réchauffement climatique, cela s’apparenterait à un crime contre l'humanité dans le dernier espace encore préservé de toute activité humaine. Profiter de la disparition progressive et gravissime de la banquise, du fait de notre consommation d’énergie fossile, pour aller chercher plus d’énergie fossile est cynique et suicidaire.

Dans le monde contraint dans lequel nous vivons, investir dans les énergies conventionnelles, c’est poursuivre un modèle cher, polluant et condamné, c’est s’empêcher d’investir dans les économies d’énergie et les énergies propres. L’urgence climatique nous impose de ne pas aller chercher la dernière goutte de pétrole.

La transition progressive des énergies fossiles et nucléaires vers des énergies renouvelables va-t-elle inévitablement entraîner une hausse du coût de l'énergie pour les consommateurs ?

Les experts en énergie considèrent que quel que soit le mix énergétique retenu, les prix de l’énergie vont augmenter à des niveaux similaires. L’enjeu c’est donc la quantité d’énergie qu’on consomme si on veut réduire les factures. […] Il faut prendre conscience que nous sommes obligés de réorganiser massivement le secteur de l'énergie dans un double défi : celui de la sobriété énergétique et celui de l'indépendance. En 2012, l'UE a importé pour plus de 500 milliards d'euros de ressources pétrolières, cette facture plombe notre balance commerciale et freine la reprise économique. Pour que la transition énergétique ne se fasse pas avec perte et fracas, faisons preuve d'anticipation.

Il faut redonner une vision qui dépasse les politiques d'austérité. C'est dans l'économie décarbonée fondée sur une politique énergétique et industrielle compétitive que réside les gisements d'emplois d'avenir.

L'adéquation des politiques d'économies d'énergie, tels que l'isolation des bâtiments par exemple, mais aussi le développement des transports propres doit aller de pair avec l'intégration des énergies renouvelables et des réseaux intelligents. Les chefs d'Etat et de gouvernement doivent prendre leur responsabilité pour relancer les réflexions sur une réforme de la fiscalité du carbone, réformer en profondeur le système communautaire d'échange de quotas d'émissions (SCEQE) et étudier toutes les pistes afin de dégager des recettes nouvelles et des leviers de financement. Il faut redonner une vision qui dépasse les politiques d'austérité. C'est dans l'économie décarbonée fondée sur une politique énergétique et industrielle compétitive que réside les gisements d'emplois d'avenir. Au contraire, les conséquences potentielles du déni et de la passivité seront plus coûteuses pour tous.

Le gaz de schiste est considéré par la Commission comme une "source d'approvisionnement potentiellement importante en Europe". Quelle est votre position vis-à-vis de cette exploitation dans les Etats membres ?

Les réserves supposées de gaz de schiste en Europe apparaissent aux yeux de certains gouvernements et des compagnies pétro-gazières comme une bénédiction soudaine qui permettrait de reléguer le débat sur la transition énergétique au second plan. Pour eux, le gaz de schiste serait la solution miraculeuse pour faire baisser durablement le prix de l'énergie, retrouver une économie compétitive et sortir de la crise.

Pourtant, l'économie du gaz de schiste aux Etats-Unis est une bulle spéculative qui ne tardera pas à éclater. La production d'un puits de gaz de schiste s'écroule de 70% après deux ans d'exploitation et il faut forer ailleurs. Avec toutes les conséquences catastrophiques que la fracturation hydraulique cause à l'environnement local et la pollution des eaux que cela engendre, ces investissements sont illusoires. Du reste, les projections de l'Agence internationale de l'énergie sur les prix du gaz à l'horizon 2020 montrent que le gaz de schiste allemand ou polonais sera toujours plus cher que le gaz naturel importé de Russie ou d'Algérie. Pour une fois écoutons les PDG de Total et de GDF Suez qui tous deux reconnaissent que l’exploitation de gaz de schiste n’est pas rentable, qu’il n’existe pas d’alternatives à la dangereuse et polluante fracturation hydraulique, que le sol et les densités de population en Europe rendent le modèle américain inapplicable en Europe.

L’Europe a l’occasion de se doter d’un projet formidable, sortir du pétrole et du nucléaire, et d’un nouvel imaginaire énergétique fondé sur l’efficacité, le renouvelable et les réseaux. Toutes les études le prouvent, il y a à la clé des millions d’emplois, des milliers de PME, un pouvoir d’achat amélioré, l’autonomie énergétique… Cessons de regarder le présent avec les yeux du passé. Mobilisons les citoyens pour qu’ils s’emparent de leur avenir énergétique !

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