Actualités

14/11/2011 Alain Lamassoure : "La crise que nous traversons n'est pas une crise de l'euro"

Alain Lamassoure est président de la Commission du budget au Parlement européen, membre du groupe du Parti Populaire Européen (PPE) et vice-président de la délégation française du PPE. A l'occasion des "petits déjeuners européens" organisés par l'Ecole Nationale d'Administration (ENA), M. Lamassoure est intervenu sur le thème "l'Europe dopée par les crises", conférence-débat s'inscrivant dans la "nouvelle régulation financière en Europe". Ce débat a été l'occasion pour l'eurodéputé de faire le point sur les origines de la crise, les conséquences politiques et les solutions pour en sortir.

Retour sur les origines de la crise économique

Les petits déjeuners européens de l'ENA

Dans le cadre des formations à l'Europe qu'elle propose chaque année, l'Ecole nationale d'administration donne à ces auditeurs un accès privilégié aux députés européens à l'occasion des sessions plénières à Strasbourg. Ainsi, dans le cadre du Cycle 2010-2011 :  "La nouvelle régulation financière en Europe", le prochain petit-déjeuner aura lieu le 15 novembre dans les locaux de Strasbourg et aura pour thème le "Gouvernement économique et défis de l'Union européenne", avec le député Diogo Feio

"Nous sommes en guerre mais la bataille n’est pas finie". Alain Lamassoure a débuté son intervention par une mise au point : "Contrairement à ce qui est dit, la crise très grave que nous vivons n’a jamais été une crise de l’euro". Le député européen a appuyé ses propos par plusieurs arguments. "L’euro se porte bien. Sa parité actuelle correspond tout à fait à sa valeur économique. D’ailleurs la Chine continue à acheter des euros pour diversifier ses ressources". "En janvier 1999, l’euro valait 1,16 dollars, aujourd'hui il se situe entre 1,30 et 1,40 dollars, a-t-il rappelé.

De même, la crise n'a jamais menacé la composition de la zone euro. "Les dirigeants européens ont expliqué qu’il fallait sauver l’euro" mais en réalité "le vrai problème, c'est la grave crise de surendettement d'une quinzaine de pays membres de l'Union européenne, dont une partie membre de la zone euro", a résumé le député européen.

C’est le cas de l’Irlande, qui pourtant se redresse, de l'Espagne et de l'Italie. D’autres pays non membres de la zone euro sont également concernés : le Royaume-Uni, qui souffre d'une situation économique comparable à celle de l'Espagne, ou encore de la Lettonie, de la Hongrie et de la Roumanie. Pour le député européen, la crise financière de 2008 et l’augmentation des déficits liés sont à l'origine du surendettement.

Le cas de la Grèce a été révélateur de ce phénomène de surendettement. Alain Lamassoure soulève deux points importants.  Après le changement du gouvernement grec il y a deux ans, le surendettement a été mis au grand jour. "Le Premier ministre Papandréou a découvert la réalité des comptes et constaté le trucage des chiffres. Il y a eu un choc chez les prêteurs, pour la première fois depuis 1945, le risque qu'un pays développé ne soit pas capable de rembourser la totalité de ses créances s’est fait ressentir". A partir de ce constat, "les Etats ont commencé à faire ce qui aurait dû être réalisé dès 1999, c'est-à-dire différencier les taux d'intérêt selon les Etats membres", explique le député européen.

"Nous avons pensé à tort qu'avec une monnaie unique, nous avions une politique monétaire commune, dont l'instrument le plus visible est le taux d'intérêt fixé par la BCE, et que les taux d'intérêt des Etats devaient également être identiques". Les dangers de la zone euro ont été sous-estimés, souligne Alain Lamassoure.

Il y a eu une deuxième erreur d'analyse lourde de conséquences. En réaction à la crise grecque, les agences de notation et prêteurs potentiels ce sont mis à comparer la gestion publique des Etats membres de la zone euro et "nous avons assisté à l’apparition des 'spreads'".

Le 9 mai 2010, soixante ans après la déclaration de Robert Schuman, les dirigeants européens se sont engagés à soutenir la Grèce et les autres pays de la zone euro en difficulté en créant le Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF). Une décision lourde de conséquences car, explique M. Lamassoure, elle est contraire aux Traités. Surtout, c’est un engagement que les pays européens ne pourront pas tenir.

"Aujourd'hui nous sommes dans une situation très délicate, et donc obligés de nous attaquer à la racine du mal, qui se trouve non pas à Bruxelles, mais dans une quinzaine d'Etats membres", explique le président de la Commission des Budgets du PE.

Quelles conséquences politiques de la crise peut-on en tirer ?

Nous avons "une communauté d'intérêt des pays de l'Union européenne, plus importante que ce que les plus fédéralistes d'entre nous pouvaient imaginer". "Durant les dix dernières années, le reste du monde a beaucoup avancé, tandis que nous nous sommes affaiblis", note le député européen. Un bilan qui a été constaté lors du dernier G20.

Ancien membre de la Convention européenne, Alain Lamassoure revient sur le traité de Lisbonne, un "compromis entre un système fédéral (les domaines de compétences communautaires sont adoptées seulement avec l'accord du Parlement européen) et confédéral (les Etats gardent des compétences mais ils demeurent obligés de les coordonner, comme c'est le cas pour la politique économique)". Même si le traité renforce les mécanismes de coordination, c'est insuffisant compte tenu de l'urgence et de la gravité de la situation.

"Aujourd’hui, toute la crédibilité économique ne repose que sur elle-même. La crise a eu un effet accélérateur et nous oblige à aller beaucoup plus loin dans la coordination de nos politiques budgétaires", résume M. Lamassoure.

Renouveler le débat public européen

Alain Lamassoure considère aujourd'hui que pour compléter ce qui a déjà été décidé au niveau de la coordination des gouvernements, il faudrait un sommet parlementaire européen, avec des représentants de tous les parlements nationaux, ainsi que du Parlement européen.

"La légitimité politique dépend de l'intervention des parlements nationaux. Nous éviterons ainsi les difficultés rencontrées pour faire appliquer l'accord du 21 juillet 2011, avec l'opposition du parlement slovaque. Il faut compléter les procédures existantes pour les rendre plus transparentes et précises, en attendant les changement des traités qui seront probablement nécessaires".

"Nous avons besoin d'un débat public européen". Ce débat commencera en 2014, avec l'élection du président de la Commission européenne par le Parlement européen, "avec des candidats véritablement amenés à faire campagne".

Favoriser les politiques d'avenir

Le monde extérieur doute de la capacité de l'Union européenne à tenir ses engagements. "Mais le vrai mal dont souffre l'Europe, c'est qu'elle est dans une phase de croissance molle", explique Alain Lamassoure. Il faut donc miser sur les politiques d'avenir, d'innovation ou encore de recherche. "Si l’Europe n'arrive pas à atteindre une croissance avoisinant 2,5, voire 3 % alors nous aurons beaucoup de difficultés à sortir de la crise".

Interrogé sur la taxe sur les transactions financières (TTF), Alain Lamassoure explique que, selon lui, le bon impôt est celui rapporte. Plus précisément, c'est surtout l’impôt qui a la base imposable la plus large possible, avec le taux le plus bas. Concernant l'affectation de la TTF, le président de la commission des Budgets plaide une affectation "à la totalité du budget européen, en finançant les dépenses publiques d'avenir et alléger les contributions nationales au budget européen".

Le Pacte européen de solidarité

Face à la crise, la montée des sentiments anti-européens émerge de plus en plus. Des partis xénophobes apparaissent dans les pays tels que le Danemark, la Finlande, la Suède. Pour combattre ce phénomène, il faut créer un Pacte européen de solidarité. Les Etats s'engageraient ainsi à mieux gérer leur économie et inscrire la règle d'or dans les Constitutions nationales, pour ne pas avoir besoin de la solidarité des autres Etats.

A partir de cet acquis, tout pays européen en difficulté aurait droit à recevoir l'aide des autres. L'un des objectifs phare de la Stratégie Europe 2020 est de consacrer 3 % du PIB de l'UE à la recherche et au développement (investissements publics et privés) et renforcer les politiques favorisant l'innovation. La solidarité ne doit pas se manifester uniquement en période de crise, mais pour financer les politiques d'avenir, de recherche et d'innovation (les actions phares du programme Europe 2020 en sont un bon exemple). "Si nous arrivons à conclure cet accord au début de l'année 2012, l'Union européenne pourrait rebondir par le haut", estime M. Lamassoure.

Président de la commission du budget du Parlement européen, Alain Lamassoure a prononcé un discours de clôture de la conférence financière européenne, à Bruxelles le 21 octobre 2011 dernier.

Après son intervention, le député européen a répondu à de nombreuses questions de l’assemblée.

Au sujet du rôle de la Chine dans la gouvernance européenne, Alain Lamassoure a reconnu qu’elle était certes un concurrent redoutable du point de vue commercial, mais qu’il ne fallait pas en "avoir peur". Notre concurrent le plus redoutable c'est l'Allemagne, explique-t-il. L'excèdent commercial de Berlin est de 200 milliards de dollars, tandis que celui de la Chine n'est "que" de 150 milliards.
 
Interrogé sur le rôle du Parlement européen en matière budgétaire, le député européen a indiqué que "le budget européen, limité à 1 % du PIB de l'Union européenne, ne pourra pas augmenter tant qu'il sera financé par les Etats membres. Il faut revenir à ce qui avait été dit : chaque dépense européenne doit être financée par une recette européenne. Le Parlement européen a réinstauré ce débat, avec la perspective de l'instauration d'une taxe sur les transactions financières".

Alain Lamassoure a rappelé qu’il ne fallait pas trop attendre du Parlement européen, car l'initiative politique ne peut venir que de l'exécutif. La crise a révélé des carences. Le président du Conseil européen est presque inconnu après plus de deux années à sa tête et la Commission européenne n'a pas été assez active pour faire face à la crise. Il faut remercier le couple franco-allemand. Mais ce tandem n'est pas légitime, il faut donc européaniser puis communautariser les décisions prises par Paris et Berlin.

 

En savoir plus

Ajoutez un commentaire

* - champ obligatoire

*



Image CAPTCHA pour prévenir l'utilisation abusive
Si vous ne pouvez lire toutes les lettres ou chiffres, cliquez ici.
*
*

Lire la charte