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16/11/2011 Jo Leinen : "la signature d'un deuxième accord de Kyoto sera la clé du succès, ou non, de la conférence de Durban"

Alors que de nombreux commentateurs prédisent déjà un échec du Sommet de Durban qui débutera le 28 novembre en Afrique du Sud, le Parlement européen s’est prononcé en faveur de la poursuite du protocole de Kyoto après 2012. La résolution du PE a été adoptée par 532 voix pour, 76 contre et 43 abstentions. Jo Leinen, eurodéputé et président de la Commission environnement et de la délégation du PE à Durban revient sur les enjeux de cette résolution.

Toute l'Europe : Vous avez affirmé que "la poursuite du Protocole de Kyoto au-delà de 2012 sera déterminante pour le succès ou l’échec du sommet de Durban". Quelle sera l'issue des négociations d'après vous ?

Jo Leinen : L'UE doit prendre une position ambitieuse, c'est notre rôle dans les négociations de l'ONU. La position de l'UE est clairement en faveur d'une deuxième période pour le protocole de Kyoto. Nous allons essayer de rassembler d'autres acteurs et d'autres pays autour de notre position. Cela sera difficile, mais pas impossible. Les pays en développement et les pays émergents ont vu nos émissions de gaz à effet de serre augmenter. Il est donc tout à fait justifié que les pays industrialisés se donnent une deuxième chance, et mettent en place une deuxième période d'obligations concrètes pour la diminution des émissions de gaz à effet de serre. Je crois que la signature d'un deuxième accord de Kyoto sera la clé du succès, ou non, de la conférence de Durban.

Comme toujours, il y aura beaucoup de tractations au cours des négociations. Le résultat de ces négociations apparaitra sans doute dans la nuit de vendredi à samedi, à la fin du sommet. Je reste optimiste sur l'issue des négociations, car je crois que les Etats sont conscients que l'humanité ne peut se permettre un nouvel échec. On voit en effet déjà les effets du changement climatiques à travers l'essor des pluies extrêmes, des ouragans, de la sécheresse, etc. N'oublions pas que les gaz à effet de serre ont augmenté de 6 % en 2010 par rapport à 2009. Il est donc nécessaire d'avancer et non de régresser.

Toute l'Europe : Faut-il rester sur les mêmes objectifs que ceux présents dans le protocole de Kyoto, notamment concernant le "droit à polluer" ? N'est-il pas nécessaire d'aller plus loin ?

Jo Leinen
: Les principes et les instruments du protocole de Kyoto sont encore valables. Mais il faudrait tout de même revenir sur deux problèmes spécifiques.

D'une part, le mécanisme de développement propre qui consiste pour une entreprise d'un pays industrialisé à faire des investissements, des projets dans un pays en développement. Cet investissement sera positif pour le pays en développement car il pourra bénéficier des technologies avancées de l'entreprise. Au sein de ce mécanisme, nous avons constaté beaucoup de fraudes, surtout en Chine. Des installations ont été validées alors qu'elles n'opéraient aucune réduction des émissions de GES, mais plutôt une augmentation. Il faut donc à présent clarifier ce mécanisme.

Il y a d'autre part un problème avec le mécanisme de compensation des exportations des quotas d'émissions, qu'on appelle les "hot air". Il y a des millions de certificats qui proviennent de la première période de Kyoto, et à l'époque les Etats-Unis ne faisaient pas partie du "marché du carbone". Des pays comme la Russie, l'Ukraine et même des pays de l'Europe de l'Est, membres de l'UE (Pologne, République tchèque, Roumanie, Bulgarie, etc.) ont émis d'énormes quantités de certificats qui ont falsifié les résultats. Or désormais, les Etats-Unis font partie du "marché du carbone". Dès lors, le système doit être revu.

Toute l'Europe : Les Etats ont eu de grandes difficultés à s'entendre lors du dernier Conseil environnement le 10 octobre. Que pensez-vous du compromis adopté ?

Jo Leinen : C'est vrai que notre position était plus claire avant le sommet de Copenhague. Mais la crise économique et financière pèse sur quelques pays européens. Certains hésitent à soutenir la position ambitieuse de l'UE. Au sein de l'Union européenne, il faut mettre en place une balance entre ceux qui sont déjà à un stade avancé, et ceux qui rencontrent plus de difficultés. Cette situation est connue et est en train d'être résolue. Cela permettra de trouver un compromis entre les 27 Etats membres, et surtout de ne parler que d'une seule voix.  Sans l'UE, il ne peut y avoir de progrès au niveau mondial dans ces négociations sur les changements climatiques. Il faut un leadership, l'UE doit avoir un rôle d'avant-garde, autrement il n'y aura que peu d'espoir.

D'autre part, deux des plus grands émetteurs de gaz à effet de serre sont le Chine et les USA. Ils sont un peu bloqués pour passer un accord au sein de l'ONU. Mais dans ces pays, au niveau national, des avancées s'opèrent dans le domaine des nouvelles technologies, de la recherche dans le domaine des technologies vertes. Ces nouveaux investissements sont positifs pour la protection du climat. Mais ils sont aussi synonymes de concurrence en matière de développement industriel. L'Europe doit faire attention à ne pas entrer dans cette concurrence et rester ambitieuse. Nos règles donnent aussi une clarté pour l'industrie de planifier les investissements. Cela crée également pas mal d'emplois.

Toute l'Europe : Lors de la conférence, l'UE sera représentée par la présidence polonaise, le président du Conseil européen et par une délégation du Parlement européen.. Quel rôle allez-vous jouer lors de cette conférence avec cette délégation ?

Jo Leinen :
Je crois que la société civile aspire à jouer un grand rôle en Europe comme ailleurs. Les citoyens demandent de plus en plus d'actions concrètes. Les députés européens, en tant que représentants directs du citoyens, font échos à ces demandes. Nous serons donc présents pour soutenir ces demandes, faire du lobby.

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