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04/11/2011 Corinne Lepage : "Sur le changement climatique, l'Europe doit être à la fois exemplaire et soucieuse de ses intérêts"

Membre de la commission Environnement au Parlement européen, la députée Corinne Lepage (ADLE, France) regrette que le G20 ait occulté la question du changement climatique, qui pourtant figurait parmi les priorités de la présidence française. A un mois du Sommet de Durban, qui doit décider de la suite du protocole de Kyoto, l'état des négociations lui semble préoccupant.

Touteleurope.eu : Quel bilan général tirez-vous du Sommet du G20 à Cannes ?

Corinne Lepage : Ce G20 s'est transformé en G8 ! Les discussions entre l'Europe et les Etats-Unis ont complètement éclipsé les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). Et la crise de la zone euro a fait passer au second, voire au troisième plan les autres grands sujets à l'ordre du jour : régulation financière, taxation des transactions financières, lutte contre les paradis fiscaux, régulation des marchés des matières premières…

Touteleurope.eu : Les Etats se sont tout de même accordés sur de grands principes, concernant la volatilité des matières premières, l'encadrement plus strict des bonus des banques…

C.L. : Reste à savoir la manière dont les décisions sont appliquées, notamment sur l'encadrement des banques. Lors du dernier G20, des mesures radicales devaient être prises sur les paradis fiscaux. Certes, il n'y a plus personne sur la liste noire et des mesures ont été prises à l'égard des fortunes individuelles, mais en ce qui concerne l'organisation des multinationales, strictement rien n'a changé.

Touteleurope.eu : N'est-il pas légitime que le G20 se soit concentré sur la crise de la zone euro, après la décision de M. Papandréou de soumettre le plan d'aide à un référendum ?

C.L. : En effet, nous n'avions pas le choix. La maison Europe avait pris feu, donc nous ne pouvions pas faire l'économie de cette question. Mais c'est malheureusement très mal tombé. Le G20 est normalement là pour s'attaquer à d'autres problèmes que la crise de la zone euro. Cela pose aussi la question du rapport entre l'Europe et ses partenaires. Par exemple, la question essentielle de la réévaluation de la monnaie chinoise n'a absolument pas été abordée, or elle ne se pose pas que pour l'Europe. Par ailleurs, je suis de ceux qui pensent que l'Europe s'est coupée les mains en acceptant, lors du Sommet européen du 27 octobre, la contribution de la Chine au pot commun.

Touteleurope.eu : Plusieurs ONG environnementalistes ont affiché leur déception face au manque de décisions du G20 sur le changement climatique…

Le Sommet de Durban

La 17e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP 17) se déroule à Durban (Afrique du Sud) du 28 novembre au 9 décembre 2011. Elle vise notamment à déterminer le mécanisme succédant au protocole de Kyoto, seul instrument contraignant sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, qui prend fin en 2012.

C.L. : Je suis profondément inquiète des conditions dans lesquelles se présente la prochaine Conférence des Nations unies sur les changements climatiques à Durban. La conférence de Cancun l'année dernière avait quand même soulevé un espoir. La présidence mexicaine avait fait des miracles, elle était parvenue à un accord poussé par les pays du Sud et qui passait par un certain nombre d'engagements des pays du Nord. En particulier, l'alimentation d'un fonds de 100 milliards de dollars. Un an plus tard, nous n'avons pratiquement pas avancé sur ce sujet.

La taxe sur les transactions financières était un moyen d'avancer dans cette voie. Je veux bien que le langage diplomatique et codé qui est le nôtre continue, qui consiste à parler de financements innovants quand on a besoin d'argent et que l'on ne veut pas dire comment on va le trouver… mais il est évident que c'est de la "novlangue", et que ça ne fait absolument pas avancer les choses. Il n'y a pas cinquante manières d'abonder ce fonds dans un climat de déficit budgétaire des pays occidentaux. Ou bien il s'agit de taxe carbone, ou bien il s'agit de taxe sur les transactions financières.

Touteleurope.eu : Le principal enjeu du Sommet de Durban est de prolonger le protocole de Kyoto, qui contraint les Etats signataires à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. L'Union européenne semble un peu seule sur ce terrain…

La commission Environnement du Parlement européen a adopté le 27 octobre une résolution incitant l'UE à être chef de file lors du Sommet de Durban, à soutenir la poursuite du Protocole de Kyoto après 2012, et à dépasser l'objectif de 20 % de réduction des gaz à effet de serre. Le Parlement européen exprimera sa position sur cette résolution lors de la session plénière du 14 au 17 novembre.

C.L. : L'Europe montre beaucoup de bonne volonté, et je suis de ceux qui poussent pour que nous ayons une attitude à la fois exemplaire et conforme à nos intérêts. Si nous voulons maintenir notre leadership dans toutes les industries contre le changement climatique, il faut que nous soyons un peu allants, sinon ça ne fonctionnera pas.

Il n'empêche qu'aujourd'hui, l'Europe est pratiquement la seule à prôner un prolongement du protocole de Kyoto. Or l'Europe, c'est 11-12 % des émissions de gaz à effet de serre, et la pression industrielle pour dire qu'il faut arrêter d'être naïf est très forte. J'ai donc beaucoup d'inquiétudes sur la suite du protocole de Kyoto.

L'Union européenne peut se positionner en leader, mais qu'est-ce que cela pourra donner ? Admettons même que l'on prolonge Kyoto et que l'on prenne des engagements contraignants… il est déjà très difficile de pénaliser une industrie européenne qui a déjà de grandes difficultés actuellement. De plus l'essentiel est davantage dans le développement des activités économiques qui vont dans le sens de la réduction des gaz à effet de serre, que dans de grands engagements qui ne seront pas tenus. Je suis préoccupée quand je vois la différence entre le montant des investissements en faveur des technologies renouvelables ou liées à l'efficacité énergétiques en Chine ou en Corée du Sud, et la faiblesse des nôtres.

Je suis bien sûr en faveur de grands engagements, mais également inquiète du manque d'effectivité de ce que l'Europe fait. Je suis réaliste à double titre : d'une part il ne faut pas faire un sort différent aux industries chinoises et américaines d'un côté, européennes de l'autre ; d'autre part l'Europe ne doit pas être arc-boutée sur des traités et des conventions pendant que les autres investissent massivement et prennent des parts de marché à sa place.

Touteleurope.eu : Qu'attendre de la présidence mexicaine du G20 sur la question du changement climatique ?

C.L. : J'ai été époustouflée par la présidence mexicaine lors du Sommet de Cancun ! Si la ministre des Affaires étrangères Patricia Espinosa est toujours en capacité de mener la danse sur ces sujets, nous pourrions bien avoir des surprises.


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