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19/05/2011 Sven Giegold : "Il faut un taux d'imposition minimum dans l'UE pour empêcher la course au dumping"

Les 11 et 12 mai derniers était organisée par l'ENA, au Parlement européen, la 6e édition des "Rendez-vous européens de Strasbourg" qui réunissent chaque année des personnalités issues des institutions européennes, des administrations nationales, ainsi que des décideurs privés et des chercheurs qui souhaitent échanger sur les politiques, les carrières et la gouvernance européennes de demain. Dans ce cadre, Toute l'Europe a assisté au traditionnel petit-déjeuner autour du thème "From the Euro-crisis to an Economic Union ?", dont l'invité était l'eurodéputé allemand Sven Giegold. Nous en avons profité pour l'interviewer.

Biographie

Créateur du Centre écologique à Verden (Allemagne), Sven Giegold est membre du Groupe des Verts/ALE au sein du Parlement européen. Il est principalement membre de la Commission des affaires économiques et monétaires et de la Commission spéciale sur la crise financière, économique et sociale

Toute l'Europe : Vous êtes plutôt pessimiste en ce qui concerne la crise de l'euro. Pourquoi ?

Sven Giegold : En l'état, les plans d'aide ne peuvent pas fonctionner. Il faut qu'une volonté politique modifie rapidement la forme de ces aides, car les pays les plus faibles ont besoin d'oxygène. Cela se traduirait par des taux d'intérêt plus bas, une demande plus importante de la part des pays les plus solides, et plus de concessions. La Grèce par exemple doit réduire ses dépenses militaires, et être plus rigoureuse dans la taxation des fortunes. Si de telles transformations ne sont pas engagées, les programmes d'aides seront inefficaces. Dans le cas de la Grèce, on n'échappera pas à un rééchelonnement de la dette.


Toute l'Europe : Que répondez-vous à ceux, notamment en Allemagne, qui prônent une sortie de la Grèce de la zone euro ?

Sven Giegold : Je trouve cela tout à fait malhonnête. Le coût économique et politique d'une sortie de l'euro est inacceptable, non seulement pour la Grèce, mais pour l'Europe tout entière. Dès lors que se rapprocherait la perspective d'une sortie imminente de l'Eurogroupe, tous les investisseurs voudraient placer leurs capitaux en sécurité, et cela provoquerait inévitablement un effondrement bancaire. De plus, le risque de contagion serait important puisque les détenteurs de capitaux ne manqueraient pas de déserter les pays les plus fragiles.

Il est donc nécessaire de concevoir des programmes d'aides supportables par les Etats, mais ceux-ci doivent aussi se réformer pour avoir des économies dynamiques, qui répondent aux contraintes de l'euro.

"L'harmonisation fiscale est-elle nécessaire et réalisable aujourd'hui en Europe ?" s'est interrogé François-Gilles Le Theule, directeur des Affaires européennes de l'ENA à l'occasion de ce petit-déjeuner. Pour Sven Giegold "il faut d'abord harmoniser dans la zone euro. L'Irlande suivra !"

 

Toute l'Europe : Quels seraient les avantages de l'harmonisation fiscale européenne que vous prônez ?

Sven Giegold : Avec un marché unique, on n'a pas besoin de 27 fiscalités différentes en concurrence, avec pour conséquence de rendre gagnant le petit Etat qui offre le taux d'imposition le plus faible. Cela porte préjudice à tous, et c'est pour cela que nous avons besoin de règles communes, y compris pour l'assiette de l'imposition. Il faut aussi un taux d'imposition minimum dans toute l'Union, pour empêcher la course au dumping. Enfin cela rapporterait plus à tous les Etats, y compris à la Grèce et au Portugal.


Toute l'Europe :  Est-ce réalisable à court terme, malgré l'opposition d'Etats membres comme l'Irlande ?

Sven Giegold : C'est une question de volonté politique. Quand on voit tout ce qui a été possible au cours des deux dernières années, je trouve étrange que dès qu'il s'agit de taxer les revenus du capital, les possibilités diminuent… Les cadeaux aux banques n'ont pas été un problème, et ont même en partie été négociés lors de sessions nocturnes ! Pourquoi l'imposition effective des grandes fortunes serait-elle impossible ?


Toute l'Europe : Le paquet sur la gouvernance économique sera soumis à la plénière en juillet. Où en sont les négociations ?

Sven Giegold : L'avenir de ce paquet est encore incertain. Le 17 mai, le Conseil Ecofin a établi le mandat de négociation du Conseil, mais les négociations ont été extrêmement dures. Quoi qu'il en soit, le Conseil devra faire beaucoup d'efforts, notamment la France sur la question de l'automaticité des fonctions et des décisions, et l'Allemagne qui devra accepter que les efforts d'adaptation ne concernent pas que les plus faibles.


Toute l'Europe : En tant que membre de la commission CRIS, sur quels dossiers avez-vous travaillé cette année ?

Sven Giegold : La commission a beaucoup travaillé sur son rapport intermédiaire, dont l'un des axes est le financement d'investissements européens. Pour autant, CRIS n'est pas une priorité pour moi, car il y a en ce moment tant de législations issues de la commission affaires économiques et monétaires qui prennent le pas sur la commission spéciale.

Le rôle de la commission CRIS s'est affaibli avec le temps, ce sont plutôt les conséquences législatives de la crise qui sont au premier plan.


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