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05/02/2013 En visite à Strasbourg, François Hollande propose une nouvelle architecture de l'Europe

Le calendrier tombait à pic. Deux jours avant le Conseil européen des 7 et 8 février consacré au budget pluriannuel, le Président de la République française a pu adresser un long message aux parlementaires européens. Devant un hémicycle suspendu à ses lèvres, François Hollande a débuté son allocution en présentant un état des lieux de la situation économique de l'Union européenne, et souligné la précarité notamment des jeunes Européens. Pour sortir de la crise, le Président français souhaite une nouvelle architecture de l'Europe : une "Europe différenciée". Très nombreux à réagir, la plupart des groupes politiques ont demandé le soutien de la France à un budget générateur de croissance, et exprimé leur soutien à l'intervention de la France au Mali.

Le casse-tête austérité-croissance

"Il n'y aura pas de répit tant que 27 millions d'Européens seront au chômage", a résumé François Hollande lors de sa première intervention à Strasbourg depuis son élection. "S'il est vrai que la crise de la zone euro est désormais largement derrière nous, nous sommes loin d'en avoir tiré toutes les conséquences", a déclaré le président français. François Hollande a plaidé pour plus de coordination des politiques économiques et pour des politiques orientées vers la croissance, répétant : "je me refuse à condamner l'Europe à l'austérité sans fin".

"Faire des économies oui, affaiblir l'économie non". Pour François Hollande, "l'Europe ne peut se contenter d'être un marché, un budget, une monnaie". Avec, en tête, la lutte contre le chômage, "c'est le défi de la croissance que nous devons relever", a-t-il expliqué.

Pour relever le défi de la croissance, le chef de l'Etat propose quatre priorités : "un niveau de dépenses qui préserve les politiques communes", une "politique de cohésion pas seulement pour les pays bénéficiaires mais pour l'ensemble de l'Europe", une "politique agricole qui permette de renforcer une industrie précieuse" et de "respecter l'environnement" et enfin un "cadre financier qui doit prolonger le pacte de croissance".

Une position largement accueillie par Catherine Trautmann (S&D) pour qui "le débat d’aujourd’hui a marqué une étape importante à la veille du Conseil européen : la crise ne doit pas être utilisée comme prétexte pour faire moins d’Europe quand, au contraire, nous en avons plus que jamais besoin. Face aux égoïsmes nationaux, pour arracher de véritables ressources propres, les volontés du Parlement européen et de François Hollande se rejoignent".
A l'inverse, Françoise Grossetête (PPE) estime que "François Hollande s'est aujourd'hui contenté d'énumérer ce que fait l'Europe pour combattre la crise, bref un catalogue sans propositions nouvelles".

Budget européen : "Faire des économies, oui ; affaiblir l'économie, non!"

Les négociations sur le cadre budgétaire pluriannuel ont été au cœur des débats du discours du président. Durant la plénière de cette semaine, les députés européens devraient en effet envoyer un signal fort aux Etats membres à quelques jours du sommet décisif de jeudi et vendredi à Bruxelles, où ils devront accorder à l'Union européenne un budget suffisant pour lui permettre de mener à bien ses tâches de 2014 à 2020 sous peine de voir le Parlement le rejeter.

Alors que les espoirs sont minces, François Hollande affirme qu'"un compromis est possible" sur le budget européen. "Mais il doit être raisonnable. Et dont il va falloir raisonner ceux qui veulent amputer le budget européen au-delà de ce qu'il est possible d'accepter", a-t-il annoncé. Le dirigeant français a alerté l'hémicycle sur le fait que "l'intérêt national [était] en train de prendre le pas sur l'intérêt européen".

Il a également appelé à un budget à long terme pour l'Union européenne qui consacre suffisamment d'argent aux politiques agricole et de cohésion, encourage l'innovation, et soutient les plus vulnérables, déclarant: "faire des économies, oui; affaiblir l'économie, non!".

"Un compromis est possible mais il doit être raisonnable et donc il va falloir raisonner ceux qui veulent amputer le budget européen au-delà de ce qui peut être accepté", a prévenu François Hollande.

En faisant allusion au discours de M. Cameron d'il y a quelques jours, François Hollande a averti : "Pourquoi un pays pourrait-il décider à la place des 26 autres ?".

Des propos largement commentés et critiqués par certains eurodéputés. A commencer par le président du groupe PPE qui a mis en garde le président français contre les conséquences de coupes dans le budget européen. "La proposition actuelle, c’est un renoncement politique. Et je vous le dis tout de suite : nous la rejetterons. Ces propositions vont dans la mauvaise direction : au lieu d'investir dans l'avenir de l'Europe, on s'attaque à l'un de nos meilleurs outils de croissance, le budget européen. Un budget dont 94% retourne dans les États membres, sous forme d'investissements." Une position qui n'a pas empêché Joseph Daul de se radoucir, accueillant favorablement le point de vue présidentiel sur la question du siège du Parlement européen à Strasbourg.

L’eurodéputé Alain Lamassoure (UMP, PPE), porte-parole des eurodéputés français du Groupe PPE, n'a pas hésité quant à lui à interpeller avec ironie le président français : "Vous avez été convaincant devant le Parlement européen sur la nécessité d’un budget européen important, à vous maintenant de convaincre le président de la République française !".

Pour une "Europe différenciée"

"S'il est vrai que la crise de la zone euro est désormais largement derrière nous, nous sommes loin d'en avoir tiré toutes les conséquences" a averti le président de la République. "Ce qui nous menace, n'est plus la défiance des marchés, mais c'est celle des peuples", a-t-il souligné. Face à cette situation, François Hollande souhaite bâtir une "nouvelle architecture de l'Union". "Construire non pas une "Europe à la carte",  ni "une addition de nations venant chercher ce qui leur serait utile pour elles et pour elles seules". Mais une "Europe différenciée, selon l'expression de Jacques Delors".

Pour lui, "L'Europe différenciée c'est une Europe où des Etats, pas toujours les mêmes, décident d'aller de l'avant, d'engager de nouveaux projets, de dégager des financements, d'harmoniser les politiques".

Un appel au soutien de l'UE au Mali

Devant les députés européens, François Hollande a également défendu l'intervention de la France au Mali. "Il n'y avait pas de temps à perdre", a-t-il expliqué. Mais le Président français n'a pas reproché aux autres Etats membres de ne pas être intervenu soulignant que la France était la seule à avoir une armée prête pour agir. Le chef de l'Etat a préféré se tourner vers l'avenir en appelant l'Europe à "agir pour la paix" sur place. A propos de la campagne militaire au Mali, François Hollande a insisté sur le trafic de drogues, liés au terrorisme, qu'il fallait combattre.

Strasbourg, capitale européenne

L'intervention au Parlement européen a été l'occasion pour François Hollande de revenir sur la question du siège de l'institution européenne. Alors que des députés souhaitent rapatrier l'institution à Bruxelles pour faire des économies et préserver l'environnement en évitant les navettes entre les deux villes, François Hollande a défendu Strasbourg comme siège du Parlement européen. "Je ne défends pas simplement Strasbourg parce que c'est dans les traités, je défends Strasbourg capitale européenne parce que c'est l'Histoire", a déclaré le président français face aux députés européens.

Questionnée en conférence de presse sur l'avenir du duo franco-allemand actuellement en perte de vitesse, le Président a précisé qu'il recevrait mercredi Angela Merkel avant d'aborder le Conseil européen de jeudi.


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