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22/11/2012 Le Prix Lux récompense 'La Petite Venise' d'Andrea Segre

Mercredi 21 novembre, à l'occasion de sa session plénière à Strasbourg, le Parlement européen a décerné son Prix Lux 2012 au film La petite Venise (Io sono Li en version originale) de l'Italien Andrea Segre, qui relate l'histoire de l'amitié entre une jeune immigrée chinoise et un pêcheur yougoslave vivant depuis 30 ans dans la petite ville de Chioggia. Tout en remerciant les députés européens d'avoir sélectionné son film, le réalisateur a profité de la tribune qui lui était offerte pour plaider en faveur d'une meilleure gestion de l'immigration en Europe.

Le Prix Lux accordé au cinéma indépendant et engagé

Le gagnant du Prix Lux ne reçoit pas de subvention directe, mais son film bénéficie d'aides sur :
- le sous-titrage dans les 23 langues officielles de l'Union européenne
- l'adaptation de la version originale pour les malvoyants et les malentendants
- la production d'une copie au format 35mm dans chaque Etat-membre de l'UE.

Shun Li travaille dans une usine textile dans le banlieue de Rome, afin d'obtenir des papiers et de permettre à son fils de 8 ans de venir en Italie. Elle est soudainement transférée à Chioggia, une petite ville-île dans le lagon de Venise, pour travailler comme serveuse. Bepi, un pêcheur d'origine slave, surnommé "Le Poète" par ses amis, est un régulier du bar où elle travaille. L'amitié entre Shun Li et Bepi déplaît à la communauté chinoise locale et vient troubler ce nouveau voyage, dont ils ont peut-être tout simplement trop peur.

Voilà le pitch de Io sono Li, coproduction franco-italiene qui a raflé hier midi le Prix Lux du Parlement européen. Si le titre anglais évoque les personnages, 'Shun Li et le poète', et le titre français le lieu de l'action, 'La petite Venise' (Chioggia étant située près de Venise), le véritable titre de ce film ("Je suis là") en français représente plus le voyage qu'a fait Shun Li, partie de sa lagune natale pour une nouvelle lagune, mais bien étrangère.

Car c'est bien de voyages dont parle Andrea Segre dans cette fiction, lui qui, habitué aux documentaires, s'intéresse depuis longtemps à l'immigration, à ces 'voyages illégaux' qui ne devraient pas l'être. Shun Li, il l'a réellement rencontrée, même si elle ne s'appelle pas Shun Li. Et en même temps, Shun Li est universelle : elle représente "ces mères qui, pour offrir une vie meilleure à leurs enfants, ont décidé de faire ce 'voyage illégal' vers l'Europe". Lors de son discours de remerciements, le réalisateur a ainsi parlé de Leïla, mère africaine qui elle n'est pas partie mais n'a plus de nouvelles de ces trois fils qui ont tenté le voyage, l'un étant dans un camps d'expulsion en Italie, les deux autres étant peut-être morts. "L'Union européenne doit aider l'immigration, pas seulement la contrôler !" a plaidé le cinéaste.

Marco Paolini, l'un des acteurs du film qui est aussi co-producteur, considère également qu'il ne s'agit pas d'un énième documentaire sur l'immigration mais bien "d'un film sur deux êtres humains. Mais par le biais de cette petite histoire très locale entre deux personnes, le film aborde des questions universelles". Le choix de la fiction rend donc le message plus fort, pour le comédien italien.

Honoré de recevoir cette récompense, Andrea Segre attend du Prix Lux qu'il permette à son film de "poursuivre son voyage" en se confrontant à des publics divers. Il espère également qu'il permettra de promouvoir le marché italien du films, durement touché par la crise.

Interview vidéo d'Andrea Segre


Une sélection pointue et trois finalistes

10 films européens, parmi lesquels Louise Wimmer, A perdre la raison ou encore Barbara, ont été soumis au jugement du panel du Prix Lux 2012, dont le rôle était de sélectionner les trois finalistes. Ce sont ensuite les députés européens qui étaient invités à les départager. Lors de la cérémonie de remise du prix le président du Parlement Martin Schulz a d'ailleurs regretté qu'il soit encore difficile de mobiliser les parlementaires autour de cette initiative et a demandé à ceux qui ne comptaient pas suivre réellement la cérémonie de quitter l'hémicycle.

Outre le vainqueur Io sono Li (Italie), le panel a soumis au vote Tabu, film du Portugais Miguel Gomes, et Just the wind du Hongrois Bence Fielgauf. Deux films qui comme le lauréat sont des fictions mais qui abordent des questions sociétales et historiques fortes en Europe. Tabu revient ainsi sur le passé colonial du Portugal en narrant l'histoire adultère d'Aurora et de Gian Luca dans un pays d'Afrique colonisé, après que la première partie du film nous ait montré une Aurora vieillie, en fin de vie, dans un Lisbonne contemporain et son histoire d'amitié avec sa voisine, Pilar, pieuse et solitaire.

Just the wind de son côté aborde un sujet très actuel : la situations des Roms en Hongrie, à travers l'histoire d'une famille qui tente de fuir au Canada après que des membres de leur communauté ait été tués par balles pendant leur sommeil.

Pour Miguel Gomes, il est important que ce prix existe car il montre aussi que l'Europe agit, ce que les citoyens ont parfois du mal à croire, surtout en temps de crise. Pour le cinéaste, si les films n'ont pas forcément un pouvoir politique, ils ont la vertu de connecter les gens, de créer le débat, et joue donc un rôle important dans la création d'un espace public européen.

Pour la première fois cette année les films du Prix Lux étaient également soumis au jugement du public. Un prix spécial sera donc remis à l'un des trois films en compétition. Autre nouveauté de cette édition 2012 : le Parlement a organisé les Lux Prize Days qui ont permis aux trois films d'être sous-titrés en 23 langues et diffusés dans l'ensemble des Etats membres de l'Union. Une vitrine exceptionnelle ! 

 

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