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29/05/2012 Martin Schulz : "En Europe, le changement a déjà commencé !"

Martin Schulz (Allemagne, S&D) est président du Parlement européen. A l'occasion de la session plénière de mai, à Strasbourg, Touteleurope.eu l'a rencontré. L'occasion de l'interroger sur son rôle de président, les grands dossiers dont il a la charge, la question du poids de l'institution démocratique européenne face au Conseil de l'Union européenne ou encore les élections européennes à venir, en 2014.



Touteleurope.eu : Vous avez pris début 2012 la présidence d’une assemblée majoritairement conservatrice, vous qui appartenez au Groupe des Socialistes et Démocrates. Comment cela se passe-t-il au quotidien ?

Qui est Martin Schulz ?

Né le 20 décembre 1955 à Hehlrath (ALlemagne), Martin Schulz commence sa carrière en tant que libraire, mais s'engage tôt en politique dès ses 19 ans quand il rejoint le Parti social-démocrate (PSD) allemand. Dix ans plus tard en 1984, il est élu au conseil municipal de Würselen, puis à l'âge de 31 ans il est nommé Bourgmestre (maire) de la ville, poste qu'il occupe jusqu'en 1998. Sa carrière européenne commence en 1994. Membre du Groupe de l'Alliance Progressiste des Socialistes & Démocrates au Parlement européen(S&D) il occupe le poste de Président du Parlement européen depuis le 17 janvier 2012, succédant au Polonais Jerzy Buzek (PPE).

Martin Schulz : Je ne crois pas que le Parlement européen soit majoritairement conservateur. Il y a une longue liste de votes qui montrent que les idées de centre-gauche trouvent souvent une majorité au Parlement européen. Du point de vue des chiffres il est vrai que le Parti populaire européen est le groupe le plus fort, mais il y a au sein du PPE des collègues de la tendance chrétienne-sociale qui votent souvent avec la gauche. Donc je me sens à l'aise !

Touteleurope.eu : Eurobonds, taxe sur les transactions financières … le Parlement européen semble toujours plus ambitieux que les Etats membres. Comment expliquer qu’in fine le Parlement n'est pas plus de poids dans la prise de décisions ?

Martin Schulz : Le Parlement européen a du poids. Comme vous le mentionnez nous avons adopté, à plusieurs reprises, des suggestions assez importantes et allant assez loin. Mais je vous recommande de demander au Conseil pourquoi les chefs d'Etat et de gouvernement des 27 sont si hésitants pour prendre des décisions, et toujours avec un délai de deux ans !

On discute en ce moment au Conseil des propositions que le Parlement a fait, et voté avec une large majorité, il y a deux ans. Je suis toujours surpris qu'ensuite on me demande à moi pourquoi le Parlement européen n'a pas de poids ! Posez la question au Conseil : pourquoi sont-ils, ce qui pénalise l'Europe et leur propre pays, si hésitants ? Demandez à Madame Merkel, Monsieur Sarkozy (en son temps), Monsieur Monti, Monsieur Reinfeldt, Monsieur Cameron ou tous ces messieurs, surtout, autour de la table.

Touteleurope.eu : Vous avez déclaré que l’Union européenne souhaitait que la Grèce reste dans l’euro. Cette position est-elle véritablement partagée par tous … même les Britanniques ?

Martin Schulz : Les Britanniques n'appartiennent pas à la zone euro mais ils nous donnent tout le temps des conseils sur comment sauver l'euro ! C'est tout de même un peu bizarre et contradictoire que le pays qui refuse l'euro dit qu'il faut de toute façon sauver l'euro.

Savoir s'ils sont pour ou contre la Grèce dans la zone euro, c'est donc peu important. Ce qui est important, c'est que les Etats membres de la zone euro souhaitent que la Grèce reste dans la zone euro. Et je crois que oui, à l'unanimité, ils le veulent. Mais cela dépend un peu de la Grèce : il faut qu'elle veuille que les pays membres stabilisent son économie et que s'appliquent les accords négociés il y a quelques semaines. Si le nouveau gouvernement grec considère que ces accords ne sont pas contraignantes pour lui alors je pense que nous aurons de grandes difficultés. Donc je pense que si après le 17 juin le nouveau gouvernement maintient la voie 'dure' à l'intérieur de l'euro (et je pense pouvoir dire que si elle se retrouve hors de la zone euro ce sera encore plus dur pour elle), nous pourrons maintenir le pays dans la zone euro. Je pense que dans la zone euro, tout le monde le veux.

Touteleurope.eu : Sur quels grands dossiers souhaiteriez-vous laisser votre ‘trace’ en tant que président du Parlement ?

Martin Schulz : Je n'ai pas d'objectifs ciblés. Mon objectif est de rendre le Parlement européen plus visible, plus audible, et que ce soit l'endroit où le débat très controversé sur l'avenir de l'Europe a lieu. Il y a au sein de la société européenne un débat sur la direction que doit prendre l'Europe : re-nationalisation ou approfondissement de l'intégration. Je veux que l'endroit où l'on mène ce débat controversé ce soit le Parlement européen. 

En ce qui me concerne, en ce qui concerne mon mandat au Parlement européen, j'ai un objectif : il faut que les gens voient que le président du Parlement européen préside une institution qui joue sur le même niveau que le président de la Commission européenne M. Barroso et, surtout, que le président du Conseil européen M. Van Rompuy.

Touteleurope.eu : En Europe, le changement c’est en 2014 ?

Martin Schulz : Je crois que le changement a déjà commencé ! Là aussi je suis de temps en temps surpris : qu'un changement dans la deuxième pays de l'Union européenne, la France, où un président conservateur est remplacé par un président socialiste, en surprenne certains quant à son impact sur l'Europe ... c'est cela qui est surprenant !

Si la France est gouverné par un socialistes elle prend une autre direction que si elle est présidée par un conservateur. Donc le changement a déjà commencé.

Touteleurope.eu : En 2014 auront lieu les prochaines élections européennes. Communiquer sur ces élections, faire en sorte que les citoyens européens se mobilisent, relèvera également de la compétence de l’institution. Comment envisagez-vous de procéder ?

Martin Schulz : On aura en 2014 une campagne électorale où les familles politiques (les conservateurs, les socialistes, les libéraux, les Verts ...) vont présenter des candidats communs pour la présidence de la Commission européenne, puisque le traité de Lisbonne prévoit que le prochain président, ou la prochaine présidente, de la Commission sera élu(e) sur proposition du Conseil mais en prenant en compte les résultats des élections européennes. 

On aura donc une campagne électorale autour de personnalités, avec leur programme, l'un contre l'autre, pour le futur pouvoir exécutif européen. Cela va changer l'esprit et l'atmosphère de la campagne pour les élections européennes.

 

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